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Un
récit nécessaire : « La mort est mon métier », de Robert Merle
par Jacques Frantz
11.01.08
Lorsque je pars en voyage, je prends toujours soin d’emporter un bon bouquin pour passer au mieux les longues heures d’avion.
C’est ainsi que je me suis retrouvé avec le livre de Robert Merle, La mort est mon métier.
Ce livre, pourtant écrit au début des années 50, jette un regard neuf qui nous aide, non pas à comprendre ou à expliquer, mais à démonter et analyser au microscope l’inacceptable.
L’inacceptable qu’est-ce que c’est ?
C’est s’en prendre à un groupe de gens, hommes, femmes et enfants, non pour ce qu’ils font, mais pour ce qu’ils sont.
L’inacceptable c’est s’en prendre massivement à des gens sans défense. A Nuremberg, le procureur a très justement déclaré qu’au moins, les accusés avaient droit à une défense, défense qu’au temps de leur splendeur, ils n’ont accordé à personne.
Inacceptable c’est qu’au nom d’un prétendu « crime collectif » on prononce et on applique une
« sanction collective », en l’espèce, la mort, l’éradication totale qui va au-delà de l’éradication physique.
Ce qui rend ce livre fort, bien au-delà de toute la description de la « logistique » de la mort, c’est l’intelligence avec laquelle l’Etat Nazi et avant lui le Parti Nazi a créé une élite de la perversité. Car ce que le livre montre, c’est comment le système Nazi est parvenu à se servir de ses éléments les plus pervers pour un dessein des plus pervers.
Car s’il manque un élément dans toutes les critiques que j’ai lues du livre, c’est vraiment cet aspect pervers que Robert Merle décrit admirablement. Je dirais même que c’est ce qui justifie à ces lignes leur place sur ce site. Le personnage principal, Rudolf Lang, reçoit une éducation catholique des plus… rigide ? Non, sûrement pas. Le petit Rudolf reçoit une éducation catholique pervertie. Une éducation où la doctrine est appliquée de manière perverse avec une violence extrême. Robert Merle a à cœur de montrer que cette violence purement psychologique, va au-delà de la violence physique. L’auteur sait nous faire comprendre combien cette violence est l’élément constitutif du monstre technicien de la mort.
Un seul exemple : parmi toutes les règles que le père met en place dans la vie du petit Rudolf, il y a cette obligation de se rendre aux toilettes avant le départ pour la messe du matin, puis pour l’école.
Le père a pris soin de retirer l’ampoule électrique des cabinets et d’afficher sur la porte une image du diable, à peine visible dans l’aube naissante, et donc terrifiante. Bien sûr, l’enfant est bloqué jusque dans l’assouvissement de ses besoins intimes. Pas étonnant dès lors qu’il aille jusqu’à poursuivre ce diable jusqu’aux cheminées des crématoires.
Le livre montre également comment le système Nazi a su canaliser cette violence. Alors que Rudolf Lang est au bord du suicide, un camarade, membre du Parti, vient le tirer de là.
Accessoirement, le livre décrit aussi très bien comment les éléments les plus pervers de l’armée allemande s’entendent avec l’allié ottoman pour massacrer un village innocent pendant la première guerre mondiale. Ce n’est qu’un roman bien sûr, mais cela ne manquera pas de faire réfléchir ceux qui veulent d’une intégration contre nature de la Turquie souillée du sang arménien dans l’Union européenne.
Mais ce livre est aussi une leçon pour toute communauté qui aurait la faiblesse de s’estimer au-dessus des autres, déchaînant ainsi une haine aux conséquences effroyables. La haine, disait Daudet, « c’est la colère des faibles ». La seule attitude qui vaille donc est, pour tout homme, par-delà ses racines et ses appartenances, c’est de capituler devant le trône de la grâce.
Jacques Frantz
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